Malick Diop, directeur général de Pamecas : « Nous avons une forte ambition de développer l’offre de finance rurale »

Nommé directeur général du Partenariat pour la mobilisation de l'épargne et le crédit au Sénégal (Pamecas), le 15 mai 2015, Malick Diop décline sa feuille de route avec un focus sur l’agriculture, l’élevage, l’aviculture et l’artisanat. Une offre qui, précise-t-il, sera développée avec des partenaires comme les organisations paysannes, les Fonds d’investissement et les partenaires techniques. L’appui-conseil sera introduit et développé pour mieux accompagner les producteurs. Son ambition, une présence plus accrue dans ces secteurs et dans tous les autres secteurs prioritaires du Plan Sénégal émergent. 

Vous venez d’être nommé directeur général de Pamecas. Dans quelle situation avez-vous trouvé l’institution ? 
J’ai récupéré une institution qui a vingt ans avec un personnel qui avoisine 700 agents. Pamecas compte 700 000 membres. C’est une institution présente dans 13 régions sur les 14 et dans tous les départements du Sénégal. Naturellement, une institution qui a vingt ans a besoin de renouveler ses méthodes, ses outils, son organisation et son management. Bref, elle a besoin de renouveler son système. L’institution a connu, ces dernières années, une très forte croissance. Et comme toutes les grandes entreprises qui connaissent une forte croissance, elle a traversé une crise de croissance qui n’est pas mauvaise en soi. Au contraire, c’est une belle opportunité pour se relancer. Avec mon équipe, nous travaillons à bâtir les fondations de cette relance.

Quels sont les grands axes de cette relance ?    
Le conseil d’administration vient de valider le nouveau plan d’affaires 2015 -2019 autour duquel nous avons bâti notre projet d’entreprise qui est un vrai projet de transformation. Les chantiers de transformation concernent la refonte de l’organisation de la fonction comptable, la remise à niveau du dispositif de contrôle interne qui permet de prévenir les risques et enfin le renouvellement du système d’information et de gestion devenus obsolètes. Ces changements vont créer des opportunités de développement de nouveaux produits et services à valeur ajoutée autour du mobile et de la carte.
Pour relancer l’institution, il y a également un volet important de développement d’affaires qui touche à la croissance de notre portefeuille de crédit avec une forte ambition de développer un élément de différenciation que constitue la finance islamique. Nous sommes la seule institution de micro finance à avoir une offre de finance islamique que nous entendons développer en l’encadrant davantage. Nous serons plus présents dans les secteurs prioritaires de l’artisanat. Nous avons également une forte ambition de développer l’offre de finance rurale. Pour les prochaines années, les niches de croissance du secteur se trouvent dans les zones rurales des régions Centre, Sud et Nord, jusqu’ici très peu desservies. Cette offre sera développée avec des partenaires comme les organisations paysannes, les Fonds d’investissement et les partenaires techniques.  L’offre de notre mutuelle de santé, qui constitue un autre élément de différenciation sur le marché, sera renforcée dans les années à venir. Nous ambitionnons de compléter la gamme par une offre de micro-assurance destinée à renforcer la couverture santé de nos membres et à améliorer ainsi leur bien-être.  Nous faisons de l’inclusion totale grâce aux offres de financement classique, de la finance islamique et de la mutuelle de santé.

Quelles seront les innovations de votre offre rurale de crédit ?        
Nous souhaitons professionnaliser notre approche pour accompagner davantage des secteurs comme l’agriculture dans la Vallée du fleuve, dans les régions Centre, Sud et Est du pays. Nous souhaitons également développer davantage le secteur de l’aviculture et de l’élevage. Nous voulons pénétrer davantage ces trois secteurs qui sont très présents en milieu rural.

Concrètement, qu’allez-vous faire ?
En plus des services financiers, nous allons faire de l’appui-conseil. L’agriculture, l’élevage, l’aviculture constituent des secteurs qui ont besoin de conseils. Nous voulons aussi investir dans les chaînes de valeur en finançant tous les maillons.  Nous allons travailler, de manière plus poussée, avec les organisations de producteurs parce que nous privilégierons l’approche chaîne de valeurs. Nous comptons le faire avec les Ong, l’Etat et ses démembrements. Nous souhaitons aussi une présence plus accrue dans le secteur de l’artisanat et tous les autres secteurs prioritaires du Plan Sénégal émergent. En finançant l’artisanat, nous développons des marchés à l’intérieur de notre portefeuille. Cela permettra d’inverser la tendance puisque les commerçants que nous finançons n’iront plus à l’extérieur pour acheter des produits.  De ce fait, l’artisan, le commerçant qu’on finance aura un marché local.

Avec ce programme, peut-on s’attendre à une réduction de vos taux d’intérêt ?
Au mois de janvier, nous avons baissé notre taux mensuel de 0,25 %. La problématique de la micro finance, ce sont les coûts de traitement, de fonctionnement et le coût du risque qui renchérissent le coût du crédit dans le secteur. Autant d’éléments à prendre en compte pour rationaliser le modèle. Ce sont des axes de réflexion parmi d’autres pour continuer à faciliter l’accès au financement à nos membres.

Vous insistez sur la finance islamique. Comment comptez-vous développer ce produit ? 
Nous sommes dans un pays qui compte plus de 95 % de musulmans. Nous avons des membres qui viennent de divers horizons et certains, pour des convictions religieuses, ne souhaitent pas prendre des produits de la finance conventionnelle. L’offre disponible dans nos caisses a déjà rencontré un attrait réel auprès de nos membres. Notre ambition est de la renforcer en la segmentant.

 S’il est vrai que Pamecas travaille à faciliter l’accès au financement,  surtout pour les catégories sociales défavorisées, l’institution utilisait des méthodes qui frisent l’humiliation comme l’affichage des photos pour obliger les clients indélicats à payer. Peut-on s’attendre à la fin de cette pratique ? 
Ce sont des méthodes anciennes qui étaient là à la naissance de la micro finance et qui sont abandonnées. L’impact social demeure un axe majeur de notre politique. Pamecas a souscrit et a obtenu le certificat de protection des clients de la Smart Campaign, une action mondiale visant à unir les dirigeants de la micro finance autour d’un objectif commun : s’assurer que les clients demeurent le moteur de l’industrie. C’est un engagement fort pour la protection de nos membres.

Pamecas a fêté ses vingt ans cette année. Comment expliquez-vous qu’une institution aussi solide puisse connaître des détournements répétitifs ?  
Il s’agit d’un fait ancien même s’il a été relaté récemment et à plusieurs reprises dans la presse. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de renforcer nos contrôles et cela a permis la découverte de ces faits. Le dispositif actuel est orienté pour prévenir ce genre de situation. 
 
Malgré les soubresauts, Pamecas est-il solide ?   
L’institution a une vraie valeur commerciale. Elle a une notoriété de la marque et une utilité publique reconnue. Elle extériorise un taux de capitalisation très satisfaisant de 21 % pour une norme prudentielle de 15 %. Pamecas est le deuxième acteur du pays en termes de dépôts. Le dépôt est un indicateur pour mesurer la confiance de nos membres. Ces dépôts continuent de progresser depuis le début de l’année, c’est la preuve que ses membres sont très attachés à elle. Ses dirigeants et ses employés sont également très attachés à elle et ensemble, les défis qui s’offrent à nous seront relevés.

Le personnel n’aurait pas approuvé votre nomination à la direction générale. Comment comptez-vous évoluer dans ce climat ?
Pamecas n’est pas la seule entreprise à être dans ce cas. C’est une situation que nous comprenons. Il y a la peur du changement, de l’inconnu. Aujourd’hui, cette situation est derrière nous. Depuis mon arrivée, il y a une dynamique positive, une cohésion d’équipe, un climat social apaisé. Les employés adhèrent au projet d’entreprise et sont mobilisés pour relever le défi.

Pamecas est membre de la Confédération des institutions financières (Cif). Qu’est-ce que cela représente pour votre institution ?  
La Confédération des institutions financières de l’Afrique de l’Ouest concentre six réseaux issus de cinq pays de la zone Uemoa. Cette structure nous apporte de l’expertise à travers des formations, des missions d’audit,  des outils. Le projet de refonte de notre système d’information est porté par la Cif. Enfin, la Confédération des institutions de l’Afrique de l’Ouest nous apporte la solidarité financière. Cette solidarité est importante dans notre métier. En effet, si demain, un des réseaux devait tomber en faillite, la Cif a l’obligation de le soutenir et de le sauver. Cela veut dire que les réseaux de la Cif ne tomberont jamais en faillite. Aujourd’hui, la Cif a 89 milliards de FCfa de fonds propres, un total bilan de 440 milliards, un encours de dépôt de 340 milliards, un encours de crédit de 214 milliards.  Pamecas est content d’appartenir à la première institution financière privée de la zone Uemoa. 

Propos recueillis par Mamadou GUEYE (Le Soleil)

Sunday, February 1, 2015
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