Maitriser les intempéries: assurance, épargne et crédit en Afrique de l'Ouest

Initialement publié sur le Forum Africain de la Finance (http://aff.mfw4a.org/index.php?id=148&L=1). 

Les agriculteurs des pays en développement sont confrontés à de graves risques de production non-assurés et par conséquent peuvent largement bénéficier de l'introduction d'instruments financiers formels qui pourraient les aider à réguler la consommation. Afin d'apporter des éclaircissements sur cette question, dans un document de travail récent de la Banque mondiale "Maitriser les intempéries: assurance, épargne et  crédit en Afrique de l'Ouest ", nous choisissons trois politiques d'intervention séparées et examinons leur impact sur la consommation, l'investissement et le bien-être. Plus précisément, nous étudions les contrats types pour l'indice d'assurance intempéries, l'épargne et les comptes de crédit, sur la base des instruments financiers formels disponibles pour les ménages ruraux vivant au Burkina Faso et au Sénégal. Nous commençons notre analyse de scénarios de référence, avant d'évoluer progressivement vers des interventions de politiques plus réalistes qui intègrent les différentes limitations que chaque produit financier porte.

Commençons par déterminer le cadre de l'étude. Les sécheresses, les invasions de criquets, les tempêtes et les inondations provoquées par des défaillances d'infrastructure de drainage ou de système de barrage insuffisants sont parmi les catastrophes naturelles les plus fréquentes en Afrique de l'Ouest. Ces calamités ont des conséquences importantes sur la subsistance, comme indiqué par le nombre impressionnant de personnes en insécurité alimentaire en 2012 (18,4 millions, soit environ 1 million d'enfants de moins de 5 ans), en raison de précipitations faibles et inégales couplées à des attaques sur les cultures des insectes ravageurs et des sauterelles (UNICEF, 2012). Ces conséquences dramatiques sont liées au fait que lorsque le travail à la ferme constitue la principale source de revenus, les fluctuations des revenus agricoles peuvent avoir des répercussions importantes sur la consommation. En l'absence d'amélioration des pratiques agricoles et des produits financiers formels, les agriculteurs ne peuvent que s'appuyer sur une foule de stratégies informelles pour protéger leur consommation. Depuis les travaux précurseurs de Townsend en 1994, la recherche indique que ces mécanismes informels d'adaptation de risque, n'offrent au mieux qu'une protection partielle face aux risques, et ont tendance à empirer la situation en cas d'événements à grande échelle tels que les sécheresses ou les inondations. En outre, le risque de revenu non assurés a également un impact négatif indirect sur la consommation. Des chocs climatiques rares mais graves peuvent inciter les agriculteurs à sous-investir dans des projets à haut rendement ou de grande volatilité, réduisant à terme la consommation potentielle.

L'indice d'assurance intempéries et les comptes d'épargne ou de crédit peuvent-ils atténuer ces effets négatifs sur le bien-être? Chacun de ces produits financiers a le potentiel d'améliorer le bien-être des agriculteurs, mais jusqu'ici aucun d'entre eux ne fait complètement abstraction des complications qui peuvent limiter l'ampleur des gains réalisables. Par exemple , l'assurance indicielle et le crédit assuré peuvent ne pas être à l'abri du risque de base , résultant de la corrélation imparfaite entre le paiement de l'assurance et les pertes des agriculteurs ; d'autre part , les épargnes peuvent être des moyens très coûteux pour faire face à des chocs importants , et plutôt inefficaces contre les calamités qui se produisent en succession rapide.

Lequel de ces instruments financiers tend le plus à améliorer le bien-être? Pour répondre à cette question, nous avons mis en place un problème d'optimisation stochastique dynamique de la consommation et de l'investissement et avons réalisé une analyse contrefactuelle. L'une des caractéristiques clé du modèle est que l'investissement à la ferme est soumis à de multiples sources de risque, à la fois singulières et covariantes dans la nature, et qu'une grande partie de cette incertitude est covariante. Cela nous permet de modéliser correctement le risque de base inhérent à certaines des innovations financières disponibles. Nous résolvons numériquement le problème d'optimisation en utilisant des paramètres calibrés sur la base de modèles de culture ainsi que les preuves existantes dans la documentation centré sur les agriculteurs Burkinabés et sénégalais. Nous montrons ensuite l'impact sur la consommation, l'investissement et le bien-être à partir de trois instruments financiers séparés: l'assurance contre les intempéries, l'épargne et le crédit. Comme prévu, nous commençons notre analyse en considérant les effets de la fourniture de contrats "optimaux" (du point de vue des agriculteurs), ensuite nous allégeons ces hypothèses et étudions l'impact de la fourniture de contrats plus "réalistes".

Les résultats pour le Burkina Faso et le Sénégal sont étonnamment semblables. Dans les deux cas, la fourniture d'une assurance intempéries ainsi que le crédit conduit à une augmentation de la consommation et une baisse des investissements de précaution dans des actifs sans risques de retour. Alors que qualitativement similaires, ces choix sont quantitativement différents comme capturé par les grandes différences dans le niveau de gains de bien-être qui peut être atteint.

Indépendamment de la richesse détenue, l'assurance contre les intempéries permet aux agriculteurs d'atteindre des gains de bien-être plus importants qui sont en baisse de richesse. Au fil du temps, les agriculteurs gagnent de moins en moins de la fourniture de ces instruments financiers en raison du fait que l'augmentation initiale de la consommation n'est pas compensée par une augmentation suffisante de la production à la ferme.

Au fur et à mesure que nous nous éloignons des scénarios de référence, il devient clair cependant que les gains de bien-être de l'assurance intempéries sont très sensibles à sa tarification et que offrir une remise relativement petite (frais), augmente sensiblement (CUT) les bénéfices réalisables par les agriculteurs.

L'introduction de comptes d'épargne d'autre part amène les agriculteurs à économiser plus et finalement leur permet de consommer plus. En conséquence, les gains de bien-être augmentent à la fois dans la richesse et dans le temps. Les agriculteurs les plus riches gagnent plus car ils peuvent profiter des rendements plus élevés sur des dotations plus importantes.

La contraction initiale de la consommation combinée à l'augmentation des investissements sans risque conduit à une consommation plus élevée dans le futur et par conséquent des gains plus importants. En somme, le choix de l'instrument financier "optimal" dépend du niveau de la richesse des ménages ainsi que de la qualité du contrat proposé. Cette étude offre un cadre simple pour réfléchir sur ces questions et d'évaluer les implications quantitatives de bien-être des différents instruments à travers le niveau de la richesse et au fil du temps.

Références

De Nicola, F. (2015). Maitriser les intempéries : Assurance, épargne et crédit en Afrique de l'Ouest. Rapport de recherche sur les politiques de la Banque mondiale, document de travail, (7187).

Townsend, R. M. (1994). Risque et assurance dans l'Inde rurale. Econometrica : Journal de la Société d'économétrie, de 539 à 591.

Francesca de Nicola, Economist, The World Bank
Tuesday, December 15, 2015
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